Bonjour la France, au revoir l’Amérique du Sud

9092011

Après 237 jours de voyage, 6 pays et une soixantaine de villes visités, 55 hôtels, 15 jours complets passés dans 160 bus, plus de 8000 kilomètres avalés, l’heure du retour approche, et peut-être également l’heure du bilan ou de la réflexion.

Comment résumer ces 8 mois ?

Peut-être déjà par quelques souvenirs et anecdotes qui sont tout le charme de ce voyage.

Pouvoir se donner rendez-vous a l’autre bout de la planète, croiser un lama au coin de la rue, ne savoir ni la date ni le jour que l’on est, trouver qu’un trajet de 10 heures reste court, faire des rencontres surprenantes, n’avoir aucun horaire, tester de tout du cochon d’inde jusqu’au piranhas, fêter mes 30 ans sur la côte caribéenne un havane en bouche, traverser le Salar de Bolivie en 4×4, écouter pendant des heures la musique traditionnelle bolivienne a plein volume dans le bus, dire bonjour à des lions de mer, perroquets, dauphins, et autres animaux, voir des glaciers, dormir par moins de 0 degré à plus de 4000 mètres d’altitude, trekker sous la pluie, partager avec des inconnus un bon repas, jouer aux échecs sur le bord du lac Titicaca, manger au burger king, traverser les rues de Buenos Aires sans se faire écraser, goûter les 1001 fruits exotiques en Colombie, ne plus avoir de souffle après avoir monté des escaliers à Potosi à 4060 mètres d’altitude, contempler le coucher de soleil un peu partout, manger pour 2 euros, enjamber la cuvettes des toilettes pour prendre sa douche, s’extasier de bonheur quand l’eau de la douche est chaude, dormir en dortoir de 8 personnes, lire ce qu’on trouve dans les librairies d’échange de livres, s’essayer au Quechua, mâcher des feuilles de coca pour lutter contre le mal d’altitude, découvrir le monde des étoiles à Atacama, s’extasier devant la beauté de notre planète, pester contre les films d’action pourris diffusés dans les bus péruviens, tenter d’apercevoir un puma dans un parc national du Chili, chanter des chansons de marins sur un bateau en pleine mer alors que la majorité des passagers regrettent d’avoir mangé, mater les corps refaits de haut en bas des Colombiennes, manger du riz, du riz, et du riz, prendre des jus de fruits frais a tout moment, faire passer pour un chanteur d’opéra et être membre du jury à l’élection d’une miss de village, ne pas se couper les cheveux pendant 8 mois, négocier en espagnol, être en Colombie et incapable de boire un bon café, parler l’esfranglais, se faire une sortie sur le canal de Beagle, recevoir un sourire et un bonjour, faire et refaire machinalement son sac, vivre 8 mois avec deux pantalons, déguster le meilleur filet de bœuf du monde en Argentine, refuser successivement à Cartagena, des cigarettes puis des cigares, et se voir donc proposer tout naturellement de l’herbe, de la coke, des filles et même des mecs, voir les 4 saisons en une journée en Patagonie, devoir rattraper un mois de voyage sur son carnet de route par fainéantise, regarder « La grande vadrouille » dans une petite salle de ciné à Sucre, retrouver par hasard d’autres voyageurs rencontrés à plus 3000 km quelques mois plus tôt, se dire qu’on a relié Ushuaia à la pointe nord de la Colombie, se réjouir d’avoir 26 nouveaux tampons sur son passeport, se voir l’envie de prendre sa carté écolo, se lever le matin dans une nouvelle ville et la découvrir, compter 80 nouveaux amis Facebook, déguster les mets de rue, partager les souvenirs de voyage avec d’autres voyageurs autour d’un verre, regarder les singes jouer en Amazonie, résister à la climatisation des bus colombiens, se faire prendre pour un local (véridique), faire la tournée des hôtels le soir pour trouver une chambre correcte et pas chère après une journée de trajet éreintante, trouver un distributeur qui accepte les Visa, goûter le vin local en espérant qu’il soit buvable et toujours le regretter, se poser le soir exténué et se regarder un bon film, avoir comme meilleurs amis dans son sac le PQ, l’eau et le lonely planet, battre le record du nombre de passagers dans un bus, demander son chemin 3 fois à 3 personnes différentes en Bolivie et avoir 3 réponses différentes, faire le tri des centaines de photos prises dans la journée (près de 7000 au total), ne pas savoir où dormir le soir même et se réveiller le matin en se demandant ce qu’on va faire de sa journée, se dire qu’on va recommencer à voyager dans pas longtemps car ça vous prends aux tripes.

A tous ceux qui trouvent ce type de voyage extraordinaire, une seule chose à dire : sautez le pas, vous seriez étonné de voir le nombre de backpackers sur les routes. Et à ceux qui se disent « quelle chance ! » René Char vous répondra « Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque, à te regarder, ils s’habitueront ». Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce qu’est le voyage, allez faire un tour sur l’onglet « Réflexions de voyage ». En espérant que vous aurez la patience de tout lire, et que cela vous intéresse.

Retour le 13 septembre ! A votre bon cœur pour qui peut m’héberger ;)




Zona Cafetera et côte caribéenne, 5 – 14 août

15082011

Salento et la Zona Cafetera

Thomas, donc, à la plume (si vous êtes perplexe, lisez le message précédent). Une tout autre perspective puisque je ne suis en Amérique du Sud que pour trois semaines et que le seul pays que j’y fréquenterai pour ce séjour sera la Colombie. Lorsque Nico m’a proposé de le rejoindre en Colombie, après le moment d’allégresse (je n’ai jamais voyagé sur ce continent), est venu celui des petites inquiétudes. La Colombie ! Je n’ai pas pensé à Shakira mais plutôt à l’image de danger que représente cette contrée. Inutile d’y revenir, Nico en a bien parlé : même si certaines régions sont à éviter – et nous les évitons –, la Colombie apparaît bien davantage comme un pays de tranquillité et de tourisme que de permanente guérilla. Partons donc.

De Bogota, le bus qui nous amène à Salento prend son temps : d’importants bouchons constipés pour cause de réfection des routes – un imposant travail sur les infrastructures de transport semble être fait ici, et c’est d’un terminal de bus aux allures d’aéroport que nous avons embarqué. Nous arrivons à Armenia d’où un taxi nous mène à la petite cité de Salento. Auberge agréable, balcon de nature perdu dans la végétation, sur une vallée étonnante où trônent en maîtres les innombrables plans de café et les palmiers de cire, emblème national de la Colombie depuis 1985 – de même que le Condor des Andes, qui nous survole continûment depuis notre arrivée dans la zone montagneuse. Nous visitons une plantation de café où l’on apprend quelques petites choses sur la culture de notre noire boisson. Sachez que le café colombien que vous buvez en Europe est bien meilleur que celui que nous buvons ici : les grains les plus prometteurs sont en effet réservés à l’exportation, l’ivraie restante demeurant pour la population locale. Inutile, donc, de réclamer que nous ramenions du café : celui que vous trouverez en grande surface sera plus goûté… Il est, en outre, bien moins torréfié ici que chez nous et, en conséquence, bien moins fort.

Salento est une bourgade comme on imagine aisément les villages d’Amérique du Sud : une grande place centrale toute de maisons coloniales entourée : le blanc domine, et les couleurs vives, soigneusement entretenues. Les bigarrures, les sourires, la musique : tout conjure la tristesse. La nuit, la ville s’anime un peu – en semaine –, ou considérablement – le week-end : c’est une ville de tourisme local, les Colombiens du coin viennent s’y ressourcer. Plats typiques sous des tentes, et ambiance caliente… mais pas trop, la ville ne danse pas tant que ça… On joue surtout au billard en buvant de la Colombia Club, la meilleure bière locale. Nous discutons dans un bar avec des Colombiens du coin, très aimables et ouverts, comme la grande majorité de ceux que nous rencontrons, qui nous font un état de leur pays, malgré (ou grâce à ?) l’aguardiente bue visiblement déjà bue par eux avec engouement – il s’agit de l’alcool local, qui s’apparente au Ouzo grec, plus connu de nous. Nous mesurons dans cet échange la tranquillité que la Colombie semble avoir acquise cette dernière décennie et la possibilité récente pour ses habitants de se déplacer de manière sûre dans leurs régions. Petite excursion dans la vallée de Cocora, étonnant endroit où poussent en nombre justement ces palmiers fièrement érigés dans une vallée aux pentes escarpées – double signe de la montagne et de l’exotisme balnéaire. Nous y allons en Jeep, marchons et revenons toujours en Jeep, à douze dans un véhicule prévu pour cinq. Une certaine idée de la rentabilité. Mais la sensation des cheveux au vent, debout à l’arrière de la Jeep, est charmante. Puis, vélo dans la vallée. L’Europe paraît loin.

Medellin

Un bus nous conduit à Medellin. Ce nom est connu, évidemment : Pablo Escobar en a fait la réputation. Depuis sa mort en 1993, et le démantèlement du cartel, la ville s’engage sur une voie nouvelle, celle de l’ouverture, de l’éducation et de la culture. C’est une ville agréable, dotée d’un métro efficace, réputée pour la folle vie nocturne qui s’y déploie. Elle s’accroche à la montagne, y grimpe joliment ; les immeubles de brique rouge flamboient sur les pentes vertes des Andes. Ce que nous voyons de la ville c’est d’abord, sous une chaleur écrasante, les restes de la fête des fleurs, qui a eu lieu le week-end précédent. Il s’agit de la plus importante manifestation de Medellin, durant laquelle des cortèges de millions de fleurs illuminent la ville. Nous ne voyons que les couronnes, immenses, méticuleusement travaillées, encore debout malgré l’état déjà bien avancé des plantes.

Nous voyons aussi l’organisation de la ville, soigneusement pensée. Une place Botero sur laquelle les sculptures de l’artiste campent, solides et massives ; une voie piétonne le long de laquelle une multitude de marchands de tout s’activent, inquisiteurs. Là, une lumière crue est jetée sur le double mouvement de la misère persistante et d’un élan capitaliste vers le modernisme. Rien à envier à nos métropoles modernes, mais impression appuyée que les sommets des gratte-ciels sont occidentaux et qu’à leurs pieds grouillent la vie du Sud, sa misère et l’extravagante frénésie d’être plus entendu que son voisin. Rien de nouveau : la Colombie est un pays de durs contrastes. Nous en ferons l’expérience constante durant tout notre périple – Nico avait déjà intégré cette donnée lors de son parcours des précédents pays traversés ; c’est, pour moi, brusque et saisissant.

La folle journée

Projet du 11 août : bus de nuit de Medellin à Tolu pour y prendre un bateau qui nous conduira à l’archipel de San Bernardo, dans la mer des Caraïbes, où nous comptons passer la nuit et fêter les 30 ans de Nico sur une île. Le bus, après dix heures de trajet, arrive avec un peu de retard, nous parvenons à prendre le bateau in extremis, conduits à l’embarquement par un vélo-taxi qui traine derrière lui nos deux personnes et nos quatre sacs… Il fait gris, la première impression de la côte caribéenne n’est pas idyllique. Parvenus sur l’île de Mucura, nous posons nos bagages dans une sorte de baraque-hôtel, vide, dans laquelle la chaleur est encore plus écrasante qu’à l’extérieur. Les gens de l’île – toute petite île où nous cherchons, même malgré nous, cette impression paradisiaque nécessairement afférente à l’image de Caraïbes – sont serviables, aimables, mais un peu pressants quand il s’agit d’argent. Nous nous baignons dans une eau claire, sur la rive d’un complexe hôtelier parfaitement désert, où tout paraît abandonné (la saison touristique en Colombie correspond à notre hiver) : sensation d’être hors lieu, hors temps, comme soumis à un léger décalage. Malgré un excellent repas de poisson grillé pris sur la plage, une divine Piña Colada servie dans une noix de coco, malgré le soleil qui pointe et l’eau turquoise qui paraît plus chaude que l’air, un sentiment de léger malaise s’empare de nous, probablement amplifié par l’oppressant mercantilisme des occupants de l’île, qui vivent du tourisme et cela se sent. En un éclair, la décision de partir est prise. Nous courrons chercher nos sacs pour attraper le seul bateau de retour du jour, qui part dans dix minutes, celui qu’empruntent ceux – la majorité – qui ne font de ce tour qu’une aventure d’un jour. En sueur, nous y parvenons. Nous dormirons finalement ce soir à Cartagena, ville phare de la côte Caraïbe, où un nouveau bus va nous conduire.

Cartagena

C’est donc dans la ville de tous les possibles que nous parvenons. Cartagena est décrite comme le centre névralgique des Caraïbes colombiennes. Et de fait, la ville a des atouts.

Le trajet que nous parcourons en taxi du terminal de bus au centre est pourtant édifiant. Une succession de quartiers pauvres, qui paraissent insalubres et dangereux. Voilà, sûrement, le lot de la majorité des habitants d’ici. Ils sont d’ailleurs d’origines visiblement plus diverses qu’à l’intérieur du pays. On perçoit ici un peuplement plus métissé et des influences hétéroclites.
Nous découvrons le lendemain l’âme de la ville, sa vitrine flamboyante. Elle est étonnante, là encore. Le centre colonial est absolument charmant. C’est une succession de rues dans lesquelles les couleurs, l’architecture, l’atmosphère détendue, émerveillent. Montés sur les remparts, nous apercevons à deux pas l’extension moderne de la ville, faite de hauts buildings qui n’ont rien du charme colonial à nos pieds. Il est bon d’errer et de se perdre dans la vieille ville, où, de jour comme de nuit, une multitude de marchands ambulants vous abordent pour vous proposer qui des chapeaux, qui des friandises, des cigarettes, des cigares, les mêmes proposant de l’herbe ou de la cocaïne… Les nuits du week-end sont endiablées. Tout le monde danse la salsa, des concerts animent les habitants. Locaux et touristes mêlés se retrouvent ici pour partager un goût de fête dans la chaleur des Caraïbes. Nous y paressons.

Nico y fête fièrement ses 30 ans, un Havane à la bouche, entouré d’amis qu’il a rencontrés durant son périple (à Sucre en Bolivie, à Cuzco au Pérou, à Cuenca en Equateur) et retrouvés ici. C’est donc en compagnie de Nora, Cécile, Rémi, Caroline et moi-même que Nico aura passé ce nouveau cap, plein de toutes ces petites questions qu’un long et lointain voyage pose sur soi, le voilà vaillamment entré dans une nouvelle décennie.




Quito, Bogota, 22 juillet – 4 août

15082011

J’aurai finalement passé près de 3 semaines à Cuenca, le charme opérant, il est parfois bon de se laisser le temps de profiter d’une ville et d’y poser ses bagages quelques jours. Etre toujours sur la route nécessite de l’énergie. Loin de moi l’idée de me plaindre, mais il faut avouer que faire son sac, le défaire, rencontrer de nouvelles personnes chaque jour, enchaîner les heures de bus, trouver un hôtel bien et pas cher, prier pour avoir une douche chaude, bref tout le charme du voyage, tout cela peut s’avérer également fatigant au bout d’un moment. Et l’accueil des Cuencanos rencontrés m’a vite convaincu d’y rester. Il est d’ailleurs probable que j’y revienne passer la fin du voyage. Au final, je n’aurai donc pas connu grand-chose de l’Equateur car devant rejoindre un ami à Bogota pour visiter la Colombie, je file à Quito où un avion m’attend. Au contraire d’autres capitales, Quito m’apparaît comme ayant du cachet. Un centre historique magnifique et une taille modérée, ce qui rend l’orientation facile. Mais comme je n’y reste qu’une nuit, il me sera difficile de connaître davantage cette ville.

Quant à la Colombie …

En guise d’introduction, voici un petit proverbe local :

« Pour voir l’Amazonie, visitez le Brésil,
pour voir les Andes, visitez l’Equateur,
pour voir les Caraïbes, visitez Cuba,
pour voir le Pacifique, visitez le Chili,
pour voir les cultures précolombiennes, visitez le Mexique.
Mais si vous voulez voir tout cela réuni, venez en Colombie »

Lorsque j’affirmais vouloir visiter ce pays, nombreux sont ceux qui m’ont mis en garde et me l’ont décrit comme l’un des plus dangereux au monde. Tout aussi nombreux sont ceux qui m’ont dit qu’il était magnifique. Les premiers me préconisaient d’être méfiant envers les habitants, les seconds m’affirmaient que le peuple colombien est le plus amical et accueillant d’Amérique Latine. Les premiers n’y ont jamais mis les pieds, les seconds y ont passé des moments inoubliables et leur visite a souvent été le pic de leur long voyage sud américain.

Alors qui croire ?? Mon avis s’est vite rangé à celui des seconds.

Et effectivement les premiers jours nous mettent déjà bien dans l’ambiance. Je retrouve donc Thomas, un ami de France, qui vient passer ici 3 semaines de vacances, et fêter dignement mon passage dans le clan des trentenaires. La capitale cette fois, est énorme. Et pour notre premier jour, nous nous perdons lamentablement dans le réseau de bus. Devant nos mines un peu déçues, plusieurs personnes viennent spontanément nous voir pour nous aider et nous indiquer le chemin. Certes les indications sont différentes mais la volonté d’aider est plus que présente. Certains nous proposent même de nous accompagner. Même accueil dans les boutiques, cafés, restaurants, hôtels et dans la rue. Les Colombiens s’attachent énormément à ce que les touristes repartent du pays avec une belle image. Et cette gentillesse se manifeste également entre eux. Cela semble faire partie intégrante des mentalités.

Il faut dire que le pays a durement souffert de la drogue et de la violence il y a dix ans, avec une quasi absence de tourisme. Mais depuis l’arrivée au pouvoir d’Alvaro Uribe en 2002 qui a très sévèrement réprimé la violence (par la violence il faut le dire), le pays a radicalement changé. Tous nous parlent de l’essor du tourisme, que la violence et la drogue, certes toujours présentes, font davantage partie du passé que du présent. Et ne parlons pas de l’avenir. A part quelques zones risquées (Amazonie et frontières), le pays est sûr. D’autres nous parlent de transformation sociale, d’éducation, de développement économique. Bref le pays sort de sa période noire au plus grand bonheur des habitants et de ses visiteurs. Concernant Uribe, selon le principal journal colombien « El Tiempo », en janvier 2008, il a battu le record d’acceptation populaire en Colombie avec un score de 80 %. Voilà qui ferait rêver nos dirigeants français.

Nous passons donc deux jours à visiter quelques quartiers de Bogota, avant de partir pour notre première destination. Et pour la suite, je laisse la main à Thomas qui vous rendra compte des derniers jours sous un œil neuf et différent.

[Premier regard et premières notes de celui-ci, en mode d’introduction] : Bogota, même si elle ne nous est pas apparue comme une ville agréable, c’est, avec Médellin, une ville de Fernando Botero ! Nico n’aime pas, il a zappé (mais il a quand même pris des photos des sculptures à Medellin). Nous visitons à Bogota le musée consacré à l’artiste. Grosse collection de ses toiles évidemment, mais aussi de surréalistes européens. Jamais un sourire chez Botero, une manière d’inquiétude permanente ou de fierté à ne pas desserrer les lèvres. La Colombie d’avant ? Jamais d’apaisement souriant, même dans la plus sereine des positions – une femme allongée ou qui lit. L’émotion est toujours contenue, le bonheur toujours précaire. Une fois franchie la première étape qui consiste à accepter les corps gracieusement boursoufflés, un monde secret se lit ici, un monde difficile.




Huaraz, Vilcabamba et Cuenca, 1er juillet – 21 juillet

21072011

Après Lima dont je me souviendrai essentiellement pour ses excellents sushis fusion, je prends la direction de Huaraz, dans la Cordillera Blanca, probablement, les massifs les plus propices aux treks après les chaînes de l’Himalaya. Au programme : escalade de glaciers, treks, VTT. La première journée du programme se passe sans problème, avec crampons et piolet pour escalader un glacier d’une trentaine de mètres. Jusque là tout va bien. Deuxième jour : treks d’une journée dans la Laguna 69, histoire de me mettre en jambes pour un trek plus long par la suite. Jusque là tout va bien. J’arrive au début de ce trek, et là le temps se gâte, bon faisons la marche sous la pluie, on n’est pas en sucre. Mal m’en a pris car deux heures plus tard pluie + brouillard = pied qui glisse sur une pierre et entorse ! Me voilà à devoir rebrousser chemin, sans avoir vu la lagune, sous la pluie et en boitant. Du coup, la suite du programme se transforme en repos forcé dans une ville dont les seuls intérêts sont des activités de plein air. Le pied !

Après ces quelques jours de glande, je quitte le Pérou en enchaînant quelques bus qui méritent tout de même quelques mots. Grande classe : télé, toilettes, sièges ultra confort, déjeuner et dîner compris. Et sécurité extrême : GPS pour contrôler la vitesse du véhicule, conducteurs qui se relaient toutes les 4 heures, contrôle à l’entrée du bus très poussé avec empreintes digitales, un sourire à la caméra et détecteur de métaux. Ca fait un peu peur quand même. Le côté cool de la télé a aussi des travers vu qu’on n’a pas vraiment le choix de films, c’est comme ça qu’on se retrouve à devoir supporter 3 chef d’œuvres de Jean Claude Van Damme à la suite, si bien que je peux dire aujourd’hui que « je suis aware ! ». Bref, après plusieurs heures de bus, j’arrive enfin en Equateur, à Vilcabamba, un petit village du sud du pays, paisible, qui me permet de découvrir quelques aspects de la culture équatorienne : ne pas penser aller dîner vers 20h au risque de se faire refouler de 3 restaurants d’affilée, de ne pas pouvoir commander d’alcool le dimanche car cela engendre trop d’absences au boulot le lendemain (une loi existe donc contre la vente d’alcool le dimanche, heureusement on peut la contourner en buvant sa bière dans une tasse de thé), et la ponctualité relative des habitants, telle qu’une célébrité a fait une campagne de publicité pour faire prendre conscience aux gens de la perte d’argent dus aux retards répétitifs d’une demi heure voire davantage.

Après ces mises en jambe équatoriennes, je me dirige vers Cuenca, plus au nord, où je vis l’une des aventures les plus extravagantes de mon voyage : ou comment, en ce 15 juillet 2011, 1400 jeunes équatoriens m’applaudissent à l’annonce solennelle d’un micro qui présente « Nicolas G., cantante lyrico ». Récit d’une soirée surréaliste et qui restera gravée un bon bout de temps dans ma mémoire.

Tout commence le 13 juillet. N’ayant pas de bal de pompier à me mettre sous la dent, je me rends en compagnie d’Alexis, compagnon de voyage de quelques jours, à un cocktail organisé par l’Alliance Française pour célébrer notre fête nationale. Après avoir entendu quelques beaux discours, chanté avec courage la marseillaise, et entamé (ou plutôt fini) les nombreuses bouteilles de vin chilien, nous partons avec quelques étudiants français en médecine dans un bar de la ville pour la Ladies Night. N’écoutant que mon courage et surmontant le ridicule, je me déguise en fille pour avoir des verres gratuits. Mission réussie, et le déguisement aidant, je lie connaissance avec Paola, danseuse professionnelle et organisatrice d´événements culturels, visiblement assez connue à Cuenca dans le monde artistique. Ni une ni deux, celle-ci me propose de venir deux jours plus tard à l´élection de la reine de beauté de Biblian, petit bled de la région. L’idée est sympa et nous acceptons Alexis et moi. Le lendemain, celle-ci m’annonce qu’elle m’a inscrite en tant que chanteur d’opéra dans le jury pour élire la reine du village. Ok, soyons un brin comédien, ce ne sera pas la première fois. Quand à Alexis, celui-ci sera également dans le jury, en tant qu’artiste peintre, ce qui est plutôt loin de son métier de banquier new yorkais. Elle nous précise par la suite que l’événement est le premier de cette taille à Biblian, que la presse écrite, la télé et la radio seront présentes, et qu’ils attendent quelques 1500 personnes. Ah quand même, ce n’est pas le petit concours auquel je m’attendais. Nous arrivons donc le vendredi 15 juillet à Biblian, dans un gymnase réaménagé en salle de spectacle avec une énorme scène et tout l’équipement son et lumière adéquat. On nous désigne donc avec Alexis l´estrade au centre de la salle ou trônent deux tables de chacune trois chaises, trois bouteilles d´eau, trois verres, faisant tous dos aux gradins ou un public surexcité devait s´installer quelques heures plus tard. Voici vos places nous dit on, celles du jury. Oups, tout au milieu comme ça ? Bon, merci… Et là on commence à se demander comment on va assumer nos rôles respectifs pour un événement de cette taille. On apprend par la suite que le jury sera finalement composé de la présidente de la Maison de la Culture, du chef de la Police, d´une femme d´affaire de Cuenca, d´un acteur, et … de deux imposteurs venus de France: un chanteur d´opéra, et un artiste peintre. No comments.

On approche maintenant des 21h, heure à laquelle l´événement doit commencer. La salle est finalement bien remplie et il y a près de 1400 personnes. Ca y est, c´est l´heure d´aller nous installer sur nos chaises. Une des hôtesses, nous conduit jusqu´à nos places ou nous nous installons fièrement mais un peu gênés quand même. Ma barbe et mon chapeau me donnent un air artiste qui renforce mon personnage, quand à Alexis, c’est autre chose, n’ayant sur lui qu’une veste de trekking Quechua. Mais bon être artiste c’est dans la tête. Les autres membres du jury arrivent, saluts cordiaux entre gens de qualité. La soirée commence. Le présentateur entame les interminables remerciements de rigueur puis présente un à un les membres du jury. Deuxième à passer, les spots dans les yeux, je me lève à l’appel de mon nom et salue le public, qui me répond chaleureusement par des applaudissements et quelques hurlements (véridique). Idem pour Alexis, un peu moins pour le chef de la police.

Les trois candidates apparaissent donc à tour de rôle, les spectacles se succèdent, les enceintes grondent en alternant musique commerciale et équatorienne, les projecteurs balayent tous les coins de la salle, les journalistes, TV, radio et journaux couvrent chaque minute de l´événement et j´avoue avoir du mal à rester naturel à chacun de leur passage devant les tables du jury. Quant à la foule, elle reste aussi excitée et supportrice tout au long de la soirée, faisant un bruit tonitruant lorsque leur candidate respective apparaît sur scène. Suivant nos instructions, nous devons mettre une note sur 20 à chaque candidate lors de leurs différents passages en habits de tous les jours, traditionnels ou chics. En évaluant aussi leur expression corporelle et orale en fonction de leurs réponses aux questions posées sur leurs projets pour Biblian. L´heure de la décision finale est arrivée. Nous devons chacun faire nos calculs pour déterminer selon nous les positions des trois candidates. Les projecteurs se concentrent sur les tables des jurés, journalistes et caméras balayent les tables du jury, et chacun de nous se plonge dans ses petits calculs. La foule derrière est en train d´hurler pour essayer d´influer sur les résultats. On se croit à ce moment là à un prime-time d´une soirée de la Star Academy.

Les résultats tombent et heureusement le public a l´air de valider notre choix. Ouf!!! On sortira donc vivant de Biblian, La reine reçoit sa couronne, et savoure l´ovation du public pendant quelques minutes. Le concert commence (un groupe super connu en Equateur, avec les filles qui hurlent et tout). Là, ca devient assez marrant car des adolescentes viennent des gradins pour nous demander de se faire prendre en photos avec nous. Elles ne savaient pas encore que nous étions français donc c´est visiblement le côté artiste qui plaisait. Ca commence donc pas un groupe de deux filles, puis une autre vient plus tard, puis une autre, et encore quelques autres ensuite. On est mort de rire tous les deux et on se fait rapidement au jeu. Certaines sont plus insistantes et cherchent à avoir nos contacts. Je me fais même interviewer par Canar TV !!

La soirée continue avec tout le monde qui danse dans le gymnase. Scène donc complètement surréaliste au cours de ce voyage en Equateur déclenchée de façon inattendue par une petite imposture sans mauvaises intentions, avec pour seul but de compléter un jury insuffisant d´une élection de reine de beauté d´un petit patelin de l´Equateur.

Vive Miss Biblian 2011 !!!

http://www.heraldodelcanar.com/923-presentadas+oficialmente+candidatas+a+reina+de+bibli%C3%A1n.html




Cuzco, la vallée sacrée, et Nazca, 12– 30 juin

2072011

Après plusieurs semaines de repas simples et similaires en Bolivie, quel bonheur de retrouver une cuisine riche, variée et fraîche. C’est ce que réserve Cuzco parmi bien d’autres choses. La spécialité locale : le cuy (le cochon d’Inde) ! Toujours en compagnie de Claire et Sébastien avec qui je voyage depuis maintenant plus d’un mois, nous arrivons dans une ville en pleine préparation de deux grandes fêtes qui symbolisent tout le syncrétisme de cette région : le Corpus Christi, et l’Inca Raymi, une fête inca en l’honneur du soleil. Les deux ont lieu deux jours de suite, ce qui est rare pour faire de l’évènement une fête encore plus grande qu’habituellement. Aussi, la Plaza de Armas (la place centrale de toutes les villes du Pérou), est fermée à la circulation et se prête aux répétitions de toutes les associations de Cuzco, mais aussi de tous les établissements publics et administratifs, de l’école à la police, de l’association des taxis à celle du tourisme. Tout le monde défile en musique et costume traditionnel. Toute la journée, et parfois aussi la nuit !

En attendant ces festivités prévues pour le 23 et 24 juin, nous décidons de passer du bon temps, en mangeant déjà, dans de bons restaurants, mais aussi au marché central (repas pour 1 €, ça vaut le coup), en visitant la vallée sacrée (pleine de petits villages avec chacun leur ruine inca) et surtout nous allons visiter le fameux Macchu Picchu. Cuzco était la capitale de l’empire Inca qui, à son apogée, s’étendait du Sud de la Colombie jusqu’à Santiago du Chili, en passant par l’Equateur, le Pérou évidemment, la Bolivie et le nord de l’Argentine. Et le Macchu Picchu dans tout cela ? Une citadelle qui n’a pas été découverte par les Espagnols et qui demeure donc dans un état de conservation surprenant, résistant au temps et tremblements de terre. Le lieu est beau, chargé d’histoire, mais personnellement les vieilles pierres me laissent de marbre (ah ah ah), et de retour à Cuzco, je décide d’attendre les festivités en prenant quelques cours de photographie avec un photographe argentin rencontré à San Blas. San Blas, c’est un peu le quartier bohème de la ville : des petites ruelles pavées et pentues, une place centrale aux abords d’une église et des galeries d’art autour de la place. Celle-ci est remplie d’artistes et artisans : musiciens, vendeurs de bijoux, apprentis peintres, jongleurs, photographes, certaines péruviens, la plupart étranger vivant sur la route de leur petit commerce ou grand talent. Tout respire la simplicité de la vie. Un petit coin de bonheur dans une grande ville. J’y aurai passé de nombreuses après midi à laisser le temps filer.

De jour en jour, les festivités se font plus présentes. Plus de monde dans les rues, plus de bruit et de couleurs dans les costumes des péruviens qui défilent. De grandes effigies de saints sont construites pour le défilé du Corpus Christi, de même que des effigies plus païennes dont une tarentule géante (là je n’ai pas compris). Puis les deux jours arrivent, une explosion de couleurs, de danses, de musique et de bouffe. Les saints défilent dans la ville portés par des fervents. Ils sont grands et paraissent bien lourds au vu des sueurs qui ont remplacé les premiers sourires béats des porteurs. Aller en contresens du défilé ou vouloir passer de l’autre côté du trottoir fait surgir des noms d’oiseaux. Le lendemain c’est au tour de l’Inca de défiler dans la ville. Mêmes processions mais les costumes changent complètement, et les danses aussi. Il y a pas à ire, les Péruviens savent faire la fête !

Après cela, nous partons pour Nazca et ses célèbres lignes tracées à même le sol, parfois sur plusieurs kilomètres, à découvrir à partir d’un avion ou de miradors. Elles prennent la forme d’animaux : singe, colibri, condor, chien, araignée, orque. On trouve aussi des figures géométriques : lignes, spirales et ellipses. Toutes ces figures sont imprimées sur la surface du sol à partir d’empreintes de cailloux et se conservent grâce au microclimat très sec de la région. Diverses théories s’affrontent quand à la signification de ces géoglyphes. Les deux principales : un calendrier astronomique ou un lieu de rituel.

Nous partons ensuite pour Lima où je n’y resterai que 2 jours pour repartir en solo vers la Cordillera Blanca, un massif montagneux de la cordillère des Andes.

PS 1: le photographe : José Castillo fait un super boulot plein de contrastes, voici son site internet, un peu de pub fait du bien : http://www.wix.com/josec78/josecastillo-fotoarts

PS 2 : Et merci à Sébastien pour ses photos.




Amazonie bolivienne, Cobacabana et Isla del Sol, 28 mai – 11 juin

16062011

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Amazonie n’est pas si terrible que cela : l’avion pour y aller n’est pas un Boeing des années 40, des serpents ne vous attaquent pas à chaque tronc d’arbre et aucune mygale ne se réfugie dans votre lit le soir… cependant… cependant … l’avion qui m’emmène de La Paz à Rurrenabaque, ville-base des expéditions dans la jungle, est un petit coucou à hélice qui me semble tousser (ou est ce ma peur des avions qui le voit s’enrhumer ?), au lieu des attaques de serpents ce sont plutôt les moustiques qui vous font des preuves d’amour en tournant autour de vous de façon insistante, et madame mygale cède la place à son amie madame tarentule. Et ce n’est qu’un aperçu.

D’abord on se croit dans une petite oasis, Rurrenabaque. Ville aux infrastructures très bien aménagées, coincée entre une jungle envahissante, le parc national Madidi et le fleuve Béni, véritable artère de la région. Les hamacs sont légion, les bières fraîches à disposition, et la chaleur bienvenue après le froid de La Paz. Dès le lendemain, départ pour 3 jours dans la jungle, sur une pinasse. Trois heures de navigation sur le Rio Béni qui nous permettent d’admirer la beauté (car vu de loin c’est beau) de cette jungle, on y entend des cris d’animaux, on y surprend quelques caïmans, on y profite du vent rafraîchissant. Bref les vacances. Et c’est là que ça se corse. Arrivés dans notre logement au cœur de la jungle, c’est parti pour une première marche dans la forêt. Dose d’anti moustique, pantalon dans les chaussettes (pas très Indiana Jones, mais pratique pour éviter les fourmis ou autres bestioles dans les vêtements), couteau et lampe torche car même s’il fait jour, le soleil ne passe pas toujours les feuilles des arbres de 30 mètres de haut. Ensuite, on se penche, on enjambe, on découpe, on machette pour se frayer un chemin, on évite de faire du bruit pour apercevoir des animaux, on admire la diversité incroyable de la flore du lieu, et on se donne des claques quand les moustiques vous aiment d’un peu trop près. Et de près, c’est beau aussi, mais plus étouffant. Le lendemain, même programme mais à 5h du matin pour monter une colline de laquelle, la brume s’évanouissant, apparaît la canopée dans toute sa splendeur, les perroquets la survolant. La suite sera plus calme avec la cueillette de mandarines et pamplemousses et la dégustation de canne à sucre naturelle. Après une journée de repos à Rurrenabaque, expédition de 3 autres jours dans la pampa bolivienne cette fois, la savane d’Amazonie, qui étant d’une végétation bien moins dense, permet d’admirer les animaux beaucoup plus facilement. Pendant les quelques heures de navigation pour rejoindre notre logement, nous apercevrons énormément d’animaux : singes-écureuils, alligators, caïmans, oiseaux du paradis, hérons, aigles, tortues, capibaras (le plus gros rongeur du monde, ressemblant à un castor version XL)… Les eaux abritent également des piranhas pêchés et dégustés (très bon), des dauphins roses avec lesquels nous naviguerons, et des anacondas qui resteront cachés dans les zones marécageuses.

Au final, des insectes nombreux et intéressants, une flore diverse, géante et colorée, une faune riche et toute proche, une sensation particulière d’être homme dans une nature sauvage à l’équilibre fragile, et une certaine envie de prendre sa carte écolo.

Après cette semaine amazonienne, direction Copacabana sur les rives du lac Titicaca et l’Isla del Sol, où le programme sera plus simple : farniente face au lac, truite fraîche et ballade sur l’île. Parfait pour reprendre des forces avant de s’attaquer au Pérou.

La suite : Cuzco et vallée sacrée.




Potosi, Sucre, La Paz, 13 – 27 mai

7062011

Un peu d’histoire sur cette ville particulière. Perchée à 4060 mètres d’altitude Potosi fût l’une des villes les plus importantes du monde entre le 16è et 19è siècle, grâce à l’exploitation par les Espagnols du Cerro Rico. Il s’agit d’une mine d’argent immense (près de 10000 galeries) qui aura approvisionné l’Europe pendant près de 3 siècles et aura contribué au développement du capitalisme grâce à l’entrée de quantités d’argent phénoménales. Au milieu du 17è siècle Potosi était aussi importante que Paris ou Londres. C’est ici qu’on frappait les pièces de monnaies de l’empire espagnol. L’expression locale « Vale un Potosi » est encore utilisée en cas d’affaires bien conclues. L’exploitation massive de la montagne engendra également un génocide de plus 6 millions d’indiens aymaras, de quechuas, et d’esclaves africains. Les filons commencèrent à s’épuiser au 19è siècle, et Potosi tomba en désuétude. Aujourd’hui, les mines sont encore exploitées, dans les mêmes conditions qu’au 19è siècle ! 6000 personnes y travaillent, dont des enfants. Discuter avec eux donne le frisson. Espérance de vie : 45 ans, la plupart meurent de silicose ou d’accidents. A l’entrée des mines, c’est le Dieu chrétien qu’on vénère, mais à l’intérieur c’est le Tio, le diable protecteur des mineurs à qui l’on offre alcool, cigarettes et feuilles de coca pour s’assurer de sa bienveillance. Pour se faire une idée, un très bon documentaire a été réalisé sur ces mines : The devil’s miner. A voir ! Et pour finir sur une note plus gaie, heureusement que le football existe. C’était quelque chose de voir jouer Potosi contre Oruro (autre ville minière), beaucoup de bruit dans les tribunes, de projectiles lancés sur le terrain mais pas beaucoup d’actions. En même temps à 4060 mètres d’altitude, il faut avoir envie de courir.

Etapes suivantes : Sucre, capitale constitutionnelle de la Bolivie. Superbe ville, immense et blanche au style baroque. On peut y assister à un défilé de top modèles boliviennes ! (qui ne doivent sortir que pour les défilés, parce qu’on se demande où elles se cachent en journée), faire une ballade sur un chemin qu’empruntait les incas (ça sonne bien mais c’était complètement inintéressant), visiter les villages de tisserands aux alentours et surtout assister à une projection de la Grande Vadrouille à l’Alliance Française, et c’est bête mais ça fait du bien ! La Paz ensuite, la sœur rivale de Sucre. Siège du gouvernement bolivien depuis plus d’un siècle, la ville avec ses immeubles, ses grosses entreprises, son développement urbain important, s’impose en ville capitale de la Bolivie. Pourtant, la constitution est formelle, même si les secteurs exécutifs et législatifs du pays se trouvent à La Paz, la capitale de la Bolivie est Sucre ! On est toujours très haut entre 3200 et 4000 mètres ave des nuits toujours froides (ah que j’ai hâte de trouver des bords de plage ensoleillés). La ville est un mélange de modernité et tradition. Les femmes en vêtement traditionnels (« chulitas ») côtoient les magasins hi tech. La ville est construite au centre d’un immense canyon et la vue à partir des quartiers hauts est incroyable. Partout on voit des marchés où l’on trouve de tout, vêtements, électronique, nourriture, épices, remèdes miracles, pierres magiques, potions pour soigner les maux les plus divers et même des fœtus de lama (ne me demandez pas à quoi ça sert je ne sais pas). Le tout donne l’image d’une ville chaotique, bruyante, pleine de vie. Et pour les curieux de la coca, un sympathique musée nous explique l’utilisation traditionnelle de ses feuilles, ses effets sur l’organisme, l’extraction de la cocaïne et sa composition (que je ne dévoilerai pas ici), l’utilisation de la cocaïne dans les anesthésiants modernes, et la création du Coca-Cola et autres boissons « cocaïnées ». Et donc pour les fans, le Coca-Cola fut « décocaïné » avant d’être décaféiné puis désucré… ça n’a plus rien à voir avec le Coca-Cola du début du XXe siècle ! Tout se perd.

Après ces quelques jours citadins, je vais aller me perdre en Amazonie, avec ses charmantes petites bestioles et son humidité sympathique. Tout un programme.

Ah et au fait, après 4 mois de voyage, mes cheveux ne m’obéissent plus.




Bolivie : Désert du Sud Lipez, Salar d’Uyuni – 10 au 12 mai

1062011

Histoire de continuer sur des paysages magnifiques, le sud de la Bolivie n’a rien à envier au nord de l’Argentine et du Chili, bien au contraire. Au départ de San Pedro de Atacama, Franz et moi prenons donc la route vers la frontière bolivienne, où une pauvre bicoque au milieu de nulle part nous délivre le tampon d’entrée sur le territoire. Après avoir embarqué en 4×4 en compagnie d’autres étrangers, nous voilà donc partis à la découverte du Désert du Sud Lipez et du Salar d’Uyuni. Premier jour : découverte de la Laguna Verde aux couleurs vert turquoise, entourée de monticules de pierre dédiés à la Pachamama (la mère nourricière). Après quelques heures de 4×4, c’est au tour des geysers imposants à la forte odeur de soufre de se présenter à nous. Mélange de boue, d’eau à plus de 100 degrés, et de vapeur de soufre. Après quelques kilomètres, une autre lagune tout aussi colorée apparaît : la Laguna Colorada, une lagune rouge, très rouge, presque sang. La coloration de ce lac, qui varie du marron au rouge intense, est due à des sédiments de couleur rouge et aux pigments de certaines algues qui y vivent. Le vent souffle fort, les flamands roses tiennent droit. Après cela, première nuit glaciale en Bolivie à 4300 mètres d’altitude, surmontée grâce au machouillage de feuilles de coca, parfaites contre la fatigue et le mal d’altitude. Le deuxième jour, nous prenons la direction du désert de Dali où les roches issues de volcans et taillées par le vent ont des formes paraissant sorties de l’imaginaire du grand moustachu. Les kilomètres s’enchaînent, et chemin faisant nous découvrons d’autres lagunes, des montagnes grises ou oranges, des colonies de flamands roses se moquant du froid, des lamas, des vigognes, des coyotes, bref la quelque faune (et parfois flore) capable de vivre à cette altitude. Le soir, nous dormons dans un hôtel tout particulier, des murs aux chaises le tout est fabriqué à partir de sel. Le troisième et dernier jour constitue pour beaucoup le summum de l’excursion avec le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel du monde. Afin d’y arriver, le 4×4 se meut dans quelques 30 centimètres d’eau sous un ciel gris et bas, donnant un air fantomatique à l’excursion. Puis l’apothéose arrive : la partie asséchée du Salar. Deux couleurs prédominent : le blanc du sel et le bleu du ciel. Rien d’autre à l’horizon si ce n’est quelques touristes s’amusant à prendre des photos aux perspectives inhabituelles. Le tour se termine à Uyuni par la visite d’un cimetière de locomotives abandonnées.

En bref, 3 jours de paysages magnifiques, de nuits glaciales, d’animaux locaux et de masticage de feuilles de coca. Une belle expérience.

La suite de la Bolivie sera plus citadine avec Potosi, Sucre et La Paz.




Nord de l’Argentine et du Chili, 26 avril – 9 mai

14052011

Difficile de faire tout un article uniquement sur des descriptions de paysages splendides. Car c’est bien cela qui m’aura marqué durant ces trois dernières semaines. Et il m’est avis que les photos parleront plus que ce texte. Voici néanmoins les sous titres.

Après avoir quitté Rodéo, je me suis dirigé vers une grande ville pour prendre un bus en direction de Cafayate. Le trajet en lui-même vaut le détour. On passe par des champs de canne à sucre auxquels se succèdent différents paysages. Tout d’abord une forêt tropicale très riche, qui se transforme de façon abrupte en prairies remplies de vaches et de fermiers, une sorte de vallée fertile perdue au milieu de montagnes où les nuages caressent les maisons. Avant d’arriver à destination, l’eau se fait plus rare, et les prairies se transforment en champs de cactus, dans un paysage de Far West beaucoup plus aride. Mais cela n’est qu’un avant goût au vu des paysages environnants Cafayate, une petite ville charmante qui fait commerce de son vin cultivé en altitude et surtout de sa Quebrada de las Conchas. Il s’agit de montagnes travaillées par l’érosion et qui donnent des formations rocheuses spectaculaires, tant au niveau des formes que des couleurs. Les noms sont évocateurs : la locomotive, les fenêtres, l’obélisque, les châteaux, la grenouille, l’amphithéâtre ou encore la gorge de diable. Tout cela formé par la pluie, les rivières et le vent, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. (Devant l’insistance des visiteurs, l’amphithéâtre a même accueilli un tout jeune chanteur d’opéra français plein d’avenir :) Le tout est magnifique.

Après Cafayate, je reprends la direction du Nord vers Salta et Jujuy qui sont de grosses villes dans lesquelles je ne reste que le temps d’une nuit et pour visiter un musée archéologique dont les vedettes sont des momies d’enfants incas retrouvées à 6000 mètres d’altitude, et extrêmement bien conservées. Assez troublant. Suite à cela, nous partons avec d’autres personnes rencontrées sur la route, vers la Quebrada de Humahuaca, au Nord de l’Argentine, à quelques heures de la frontière bolivienne. La culture change, la cuisine, les visages et la musique sont différents. Le Nord a des origines beaucoup plus indiennes que le reste de l’Argentine qui est composée de familles issues d’immigration européenne. Flûte de pan, ponchos, et viande de lama y sont donc le quotidien. Les paysages y sont aussi splendides. Là encore l’érosion et les différentes périodes glaciaires ont fait leur œuvre. La montagne aux sept couleurs située dans le petit village de Purmamarca en est emblématique.

Je dis au revoir à l’Argentine pour retrouver le Chili, à San Pedro de Atacama, dans le désert le plus aride du monde. La traversée des Andes est encore spectaculaire avec des cimes aux environs de 5000 mètres (attention au mal de l’altitude). Paysages désertiques (de sel et de sable) et montagneux entrecoupés de quelques lagunes. San Pedro de Atacama est un petit village très touristique de par sa proximité avec le désert, une vallée aux paysages lunaires, un observatoire d’étoiles, et du fameux Salar d’Uyuni en Bolivie. Le tourisme n’enlève rien au charme de cette petite ville aux murs très blancs. Parmi les différentes excursions proposées, j’opterai pour la vallée de la lune et de la mort (qui demeure très sympa malgré le nom), une observation des étoiles et de Saturne (avec son anneau !!) par un astronome français décalé qui fait partager sa passion en expliquant des principes basiques de physique et la reconnaissance de constellations (vous connaissiez celle du lama ?), et le summum : la Laguna Cejar, avec une baignade dans un lac très salé où l’on flotte (drôle de sensation quoique irritant à la longue) et surtout une lagune avec très peu d’eau, probablement 2 centimètres, et qui reflète tel un miroir parfait le ciel, ses nuages, et les silhouettes des visiteurs. Magnifique. Et là les photos parleront plus que les mots !

Suite à ces paysages divers et colorés, je quitte le Chili, toujours en compagnie de Franz, pour poursuivre en Bolivie dans le désert du Sud Lipez avec ses lagunes rouges, vertes et blanches, et le grand désert de sel (Salar d’Uyuni). D’autres paysages fabuleux en perspective.




Mendoza, Cordoba et Rodéo, 11 avril – 25 avril

27042011

Après la capitale chilienne, je prends la direction de Mendoza, retour en Argentine, dans une ville réputée pour son vin et son ambiance cosmopolite. En passant, la traversée des Andes est magnifique. Cela ressemble à des canyons, type américains. Arrivée dans la capitale viticole argentine, je retrouve par hasard une personne rencontrée à El Bolson quelques mois auparavant. C’est quelque chose que je voulais partager, car ceux qui pensent que voyager seul, c’est être seul, se trompent. Depuis Ushuaia, je ne cesse de recroiser, toujours par hasard, plein d’autres personnes que j’avais croisées auparavant. C’est incroyable comme on suit tous un parcours balisé par les infrastructures touristiques. On a tous les mêmes guides, les mêmes envies, et du coup, on se retrouve toujours dans les mêmes villes, voire les mêmes auberges. A Valparaiso, c’était le summum. J’ai croisé par hasard et le même jour 4 personnes différentes, toutes rencontrées dans des lieux différents. Pour ceux qui s’inquiètent de la solitude, pas de soucis donc, bien au contraire, c’est parfois même difficile de s’isoler. Revenons à Mendoza, qui met en avant ses riches bodegas aux cépages de Malbec et Cabernet Sauvignon. Et pour en visiter certaines, cela se fait tout simplement en vélo à partir de 10h du matin ! Ballade en vélo dans les vignobles, dégustation en moyenne de 4 verres de vin dans chaque bodega. Après trois visites, le vélo ne roule plus très droit. Et pour finir cette dure journée, visite d’une fabrique de chocolat, huile d’olive et … liqueurs, avec dégustation obligée. L’absinthe fait mal. Après ces activités d’alcooliques, retour à la culture, en allant voir un spectacle d’improvisation dans un bar. Et évidemment notre petit groupe d’étrangers s’est fait prendre à parti par les comédiens. Très sympa.

Je quitte Mendoza pour Cordoba, la deuxième plus grande ville d’Argentine, et ce qui restera pour moi la série noire ! Arrivée tôt le matin, l’auberge qui a zappé ma réservation me trouve néanmoins une petite place, l’hôtel s’avère petit, bruyant, peu confortable, il fait moche, froid, les musées qui m’intéressaient étaient fermés pour rénovation, ceux qui restaient étaient sans intérêt, je devais retrouver une argentine rencontrée dans le sud, finalement c’est un lapin. Devant ces déconvenues, je ne donne pas de seconde chance à cette ville, et c’est sans regret, que je repars le lendemain. A peine arrivé, déjà parti. Je ne serai resté qu’une nuit. C’est ça qui est bien en voyage. On aime on reste, on n’aime pas on part. Direction San Juan où malgré tout la série noire continue car ma carte bleue fait des siennes. Bref, mieux vaut en rire, car après ces petits tracas pas très importants, je pars pour Rodéo, l’un des endroits les plus ventés au monde, idéal pour la pratique de windsurf. Les vents peuvent atteindre 120km/h. Le lieu est idyllique. Proche des Andes, les montagnes qui entourent le lac ont été sculptées par l’érosion de dame nature. On reste sur l’eau jusqu’au coucher du soleil. Et le meilleur c’est que j’ai fait plein de progrès. Donc ravi de cette petite semaine de planche, entouré uniquement d’Argentins qui passaient ici les congés de la semaine sainte, sans recherche d’œufs dans le jardin.

Et maintenant, je reprends la route pour le Nord de l’Argentine. Très aride. Encore une autre amabiance.

A bientôt







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